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« Le temps est proche où le problème économique reprendra la place secondaire qui est la sienne, et l’arène de notre cœur et de notre esprit sera occupée ou réoccupée par nos problèmes réels, les problèmes de la vie et des relations humaines, de la création, du comportement et de la religion »

John Maynard KEYNES (Économiste et essayiste, 1833-1946)

Pour refaire le monde, il faut que les hommes s’orientent psychologiquement vers une autre voie. Tant qu’on ne sera pas effectivement devenu le frère de chacun, il n’y aura pas de fraternité. Jamais aucune science ni l’intérêt ne permettront aux hommes de se partager sans injustice les biens et les droits [… Vous demandez quand cela se réalisera. Cela se réalisera, mais auparavant doit s’achever la période d’isolement de l’homme […]. Car chacun cherche à présent à isoler le plus possible son moi, on veut éprouver en soi-même la plénitude de la vie, et pourtant, au lieu d’atteindre cette plénitude, tous ces efforts n’aboutissent qu’à un suicide total, car au lieu d’une pleine affirmation de l’individu, on tombe dans une solitude complète. Car tous, de nos jours, se sont fractionnés en unités, chacun se retire dans son trou, chacun s’écarte des autres, se cache et cache ce qu’il possède, et chacun finit par repousser ses semblables et par être repoussé par eux […]. Il ignore, l’insensé, que plus il amasse, plus il s’enfonce dans une impuissance qui équivaut au suicide. Car il est habitué à ne compter que sur lui-même et, en tantqu’unité, il s’est détaché de la collectivité, il a accoutumé son âme à ne pas croire à l’entraide, aux hommes et à l’humanité, et il tremble seulement à l’idée de perdre sa fortune et les droits acquis. Partout le cerveau des hommes cesse aujourd’hui ironiquement de comprendre que la véritable garantie de la personne réside non dans un effort personnel isolé, mais dans la solidarité des hommes. Mais ce terrible isolement aura infailliblement une fin, et tous comprendront à la fois combien leur détachement les uns des autres était peu naturel. Telle sera la tendance de l’époque, et l’on s’étonnera d’être resté si longtemps dans les ténèbres sans voir la lumière […]. Mais, d’ici là, il faut néanmoins maintenir l’étendard et, ne fût-ce qu’individuellement, l’homme doit donner de temps en temps l’exemple de tirer son âme de l’isolement au service de l’œuvre de la communion dans l’amour fraternel, dût-il passer pour un simple d’esprit. Cela pour que ne meure pas la grande idée…

Fédor DOSTOIEVSKI,  Les Frères Karamazov [1880]Livre de poche, 2002, p. 349-35

« Deux hommes qui se croisent n’ont d’autre choix que se frapper avec la violence de l’ennemi ou la douceur de la fraternité ».

Bernard Marie Koltès, Dans la solitude des champs de coton (sa pièce de théâtre)